Le résumé ci-dessous s’appuie sur les réflexions partagées lors d’une conversation avec la Dre Mandani. Son expertise a été cruciale dans l’élaboration de l’article vieillir dans un climat en mutation disponible sur l’Atlas climatique.
Dr. Mahsa Madani, Associate Professor, Professeure associée en études de gestion globale à la Ted Rogers School of Management, Toronto Metropolitan Univeristy
Je me souviens que c’était en 2018. Je lisais les actualités et j’ai appris qu’un vague de chaleur avait frappé Montréal et causé la mort de 44 personnes âgées. Trois ans plus tard, en 2021, j’ai appris que 570 personnes avaient perdu la vie pendant la canicule en Colombie-Britannique, dont la plupart étaient des personnes âgées. Ces événements m’ont amenée à travailler dans ce domaine afin de mieux comprendre pourquoi de tels impacts continuent de se produire et comment nous pouvons concevoir des systèmes plus résilients et durables pour mieux protéger nos populations vieillissantes. Je réfléchissais à mon propre avenir, ce qui m’a donné envie d’en apprendre davantage.
Le lien entre les changements climatiques et la santé des aînés tient principalement au fait que ceux-ci sont plus vulnérables au stress environnemental. Les changements climatiques augmentent la fréquence et l’intensité d’événements tels que les vagues de chaleur, les incendies de forêt, les inondations et les épisodes de pollution atmosphérique. Les aînés peuvent avoir plus de difficulté à composer avec ces conditions en raison de diverses vulnérabilités : maladies chroniques, mobilité réduite ou accès limité aux soins et au soutien social. Par exemple, lors d’une vague de chaleur, ils sont davantage exposés aux risques de déshydratation, d’insolation ou de problèmes respiratoires ou cardiaques. Les aînés ayant un handicap ou des troubles cognitifs peuvent également avoir plus de difficulté à réagir rapidement en cas d’urgence. Quant aux personnes socialement isolées ou économiquement défavorisées, elles subissent souvent des impacts bien plus importants. Cela montre que les changements climatiques ne constituent pas seulement un problème environnemental, mais aussi un enjeu d’équité sociale et sanitaire. Les aînés vivant seuls ou dans des établissements de soins de longue durée peuvent ne pas recevoir rapidement le soutien dont elles ont besoin en cas de catastrophe. Nous l’avons notamment constaté pendant la pandémie de COVID-19. Bien qu’elle n’était pas liée au climat, elle a révélé que les systèmes de soins de longue durée au Canada font déjà face à d’importants défis. Ces vulnérabilités pourraient être exacerbées lors de catastrophes climatiques.
Je pense que le Canada a fait d’importants progrès en matière d’adaptation aux changements climatiques et de planification en santé publique, mais plusieurs aspects des politiques actuelles ne permettent toujours pas de protéger adéquatement nos aînés. La justice climatique est notamment encore trop peu prise en compte. Elle consiste à s’assurer que les politiques et les actions liées aux changements climatiques sont justes et que les populations vulnérables, notamment les aînés, sont protégées contre les effets de la crise climatique. De nombreuses politiques restent axées sur la population générale plutôt que sur les besoins particuliers liés à l’âge. Ainsi, les aînés présentant des vulnérabilités uniques, telles que maladies chroniques, mobilité réduite et isolement social, ne voient pas toujours leurs besoins pris en compte directement. Par exemple, les centres de rafraîchissement et les plans d’évacuation sont prévus dans les politiques canadiennes, mais ils ne sont pas nécessairement accessibles aux personnes âgées qui vivent seules ou qui ont de la difficulté à se déplacer. Le système actuel est en réalité plus réactif que préventif. Dans bien des cas, les mesures sont prises lorsque surviennent des événements extrêmes, comme des vagues de chaleur, des inondations ou des incendies de forêt, plutôt que d’investir dans des mesures de prévention à long terme. Il pourrait notamment s’agir d’améliorer la qualité des logements, d’accroître les espaces verts dans les quartiers à haut risque et de renforcer les systèmes de surveillance afin d’identifier les personnes âgées vulnérables avant qu’une catastrophe ne survienne.
L’analyse de données et la modélisation sont des outils puissants pour comprendre, prévoir et atténuer les répercussions des changements climatiques sur les aînés. Elles permettent de croiser des données de santé, des données démographiques et des données environnementales afin d’identifier les aînés les plus à risque et de repérer les points chauds où les vulnérabilités se chevauchent. La modélisation prédictive peut aider à estimer les effets que pourraient avoir les événements climatiques futurs sur les aînés, en tenant compte de facteurs comme l’âge, les maladies chroniques, l’isolement social et les limitations en matière de mobilité. Les modèles fondés sur les données peuvent par ailleurs servir à déterminer quelles mesures d’adaptation – alertes de chaleur, programmes de sensibilisation sociale, amélioration des infrastructures, etc. – sont les plus efficaces pour réduire les risques auxquels sont exposés les aînés. Ils peuvent ainsi aider les gouvernements, les systèmes de santé et les services sociaux à allouer leurs ressources plus efficacement, tout en permettant d’adapter et d’améliorer continuellement les stratégies en fonction des résultats observés et de l’évolution des conditions climatiques.
En tant qu’universitaires, notre rôle est de fournir des données probantes et de développer des outils permettant de mieux comprendre les risques climatiques auxquels sont exposés les aînés. Toutefois, les retombées concrètes de ces travaux dépendent ultimement des décideurs politiques et des gouvernements qui mettent ces connaissances en pratique. Des collaborations étroites entre les milieux de recherche et ceux responsables de l’élaboration des politiques sont nécessaires pour transformer les données probantes en mesures efficaces de prévention, de préparation et d’interventions en santé. Or, je crois que ces liens sont déficients. Ce que nous avons découvert grâce aux modèles et processus fondés sur les données doit maintenant être mis à l’épreuve dans des situations réelles afin de déterminer ce qui fonctionne.
Travailler dans le domaine du vieillissement et des changements climatiques me donne une certaine raison d’espérer. Je constate que la planification efficace, les approches fondées sur les données et la mobilisation communautaire peuvent réellement contribuer à protéger les personnes âgées. Nous n’avons donc pas à attendre que les catastrophes se produisent pour agir. Les programmes qui renforcent les réseaux de soutien social, améliorent la préparation aux situations d’urgence et favorisent l’investissement dans des infrastructures résilientes montrent que l’adaptation climatique est possible lorsque la science, la planification et la compassion humaine convergent vers un même objectif. Même de petites interventions ciblées, comme mettre les personnes âgées et socialement isolées en contact avec des réseaux de soutien ou veiller à ce qu’elles aient accès à des centres de rafraîchissement pendant les vagues de chaleur, peuvent sauver des vies et améliorer la qualité de vie. Cela renforce ma conviction que nous pouvons construire des communautés plus résilientes, inclusives et plus sûres pour nos aînés dans un climat en constante évolution.
Dre Madani reconnaît que bon nombre des perspectives partagés dans son entrevue font référence à des articles récemment publiés et mentionnés ci-dessous.
- Madani Hosseini, Mahsa, Manaf Zargoush et Somayeh Ghazalbash. "Climate crisis risks to elderly health: strategies for effective promotion and response." Health promotion international 39.2 (2024): daae031.
- 2. Hosseini, M. M., Beheshti, S., Heydari, J., Zangiabadi, M., & Zargoush, M. (2024). Elderly care facility location in the face of the climate crisis: A case study in Canada. International Journal of Disaster Risk Reduction, 108, 104516











