Conversation with Dr. Mei Lan Fang

Le résumé ci-dessous s’appuie sur les réflexions partagées lors d’une conversation avec la Dre Mei Lan Fang. Son expertise a été cruciale dans l’élaboration de l’article vieillir dans un climat en mutation disponible sur l’Atlas climatique .

Dre. Mei Lan Fang, Professeure adjointe, études urbaines et gérontologie, Université Simon Fraser

Coresponsable du projet de recherche COALESCE (Championing Older Adults for Leadership in Environmental Sustainability and Climate Empowerment)

J’ai fait mes études à l’Université Simon Fraser en sciences de la santé et en santé publique, en particulier en étudiant les déterminants sociaux de la santé. Je me suis ensuite laissé intéresser par le vieillissement, ce qui a été génial. C’était une occasion qui m’a ouvert de belles grandes portes, notamment une concentration en environnement. Que vous viviez en milieu urbain, suburbain ou rural, qu’est-ce qui peut vous aider à mieux vieillir dans cet environnement, surtout en sachant que les aînés souhaitent rester dans leur communauté le plus longtemps possible?

L’un des sujets pressants sur le vieillissement concerne les changements climatiques, mais plus précisément en Colombie-Britannique, car nous connaissons tellement d’incendies de forêt, et beaucoup d’aînés vivent au beau milieu de tous ces incendies. Surtout avec le dôme de chaleur de 2021, la majorité des gens décédés de cette situation étaient des aînés. Mais c’est intéressant parce que lorsque je parle à des aînés de l’idée des changements climatiques, leurs idées, pensées et perspectives diffèrent. De nombreux aînés vivent avec des maladies chroniques; donc, les changements climatiques ne sont pas une priorité pour eux. Quand vous demandez : Quelles sont les priorités clés?, ils parleront de soins et de logement de 90 à 100 % du temps. Prenez mon père, par exemple, qui était très strict. Il faisait tout son recyclage. Il disait souvent : « Voilà ce qu’il faut faire. » Mais quand il a commencé à vieillir et qu’il a eu d’autres problèmes de santé, le recyclage n’était plus sa principale priorité. Les questions clés dès le départ étaient donc : Pourquoi les aînés devraient-ils se soucier des changements climatiques? Comment travailler avec eux pour qu’ils deviennent plus informés et qu’ils prennent le contrôle de leur environnement domestique?

Le projet de recherche COALESCE se concentre sur le travail avec les aînés tout au long du processus de recherche, en adoptant une approche réaliste. Donc, nous réfléchissons à ce qui fonctionne pour qui et dans quels contextes. Dès le début, j’ai développé des partenariats avec divers centres pour aînés du Grand Vancouver et du Lower Mainland. Ils proposent divers programmes : certains centres pour aînés ont déjà mis en place un groupe d’intérêt pour l’action climatique, et d’autres ont des groupes d’apprentissage permanents. Ainsi, parmi ces deux groupes précis, nous avons pu recruter des aînés intéressés par les changements climatiques et désirant acquérir des compétences en recherche. Ensemble, nous avons élaboré cette question de recherche : Comment les changements climatiques impactent-ils la vie quotidienne des aînés?

Lors de la première phase du projet, nous avons enseigné aux aînés comment faire la sélection et la recherche de littérature et les avons mis en relation avec des étudiants, ce qui a créé cette relation intergénérationnelle. Une fois que nous trouvions des articles pertinents quant à la question de recherche, nous les lisions, faisions ressortir des thèmes clés et engagions des discussions sur ce qui est utile dans le contexte de la Colombie-Britannique. Nous avons ensuite mené une série d’entrevues sur leur parcours de vie. Nous leur avons posé ces questions : Que pensez-vous des changements climatiques? Que savez-vous à leur sujet? Est-ce quelque chose dont on parlait quand vous étiez enfant? Ils ont proposé des sujets très intéressants. Les aînés ont parlé de l’ère glaciaire, des pluies acides et de la couche d’ozone. Ensuite, nous voulions travailler avec des personnes de l’industrie capables d’implanter des changements concrets. Nous avons travaillé avec RDH Building Science, un groupe d’ingénieurs qui travaillent dans la communauté et qui examinent vraiment la qualité des nouvelles constructions. Nous voulons poser des questions telles que : Comment pouvons-nous améliorer ces bâtiments pour garder la chaleur en hiver et aider à garder les gens au frais en été? Mais il faut aussi prendre en compte que le corps des aînés fonctionne différemment. Pour beaucoup d’aînés à qui je parle, leur régulation de température n’est plus la même qu’avant. Donc, quand il fait vraiment chaud, parfois, ils ne se rendent pas compte que c’est si chaud et que ça affecte en fait leur respiration. Alors, comment pouvons-nous construire des bâtiments si nous les concevons pour des aînés? RDH Building Science nous a fourni ces capteurs résidentiels de haute qualité pouvant être installés dans les maisons des aînés. Ces capteurs surveillent la qualité de l’air, l’humidité, la température et les particules. Ainsi, les aînés apprennent comment fonctionnent ces capteurs, quels types de données sont reçues et quoi faire si les couleurs changent. Le capteur émet une petite lumière qui change de couleur, allant du rouge, ce qui est vraiment mauvais, à l’orange, puis au vert, puis au bleu, ce qui est parfait. Et il prend toutes ces mesures et les consigne dans un index, ce qui permet de synchroniser le tout avec le téléphone et de voir où c’est élevé ou bas. L’une des participantes aînées a brûlé ses rôties une fois. Elle a dit : « Oh là là, c’est devenu orange. Je ferais mieux de régler ça et d’ouvrir la fenêtre. » Ce capteur aide donc les aînés à apporter des changements concrets dans et autour de leur foyer. La technologie peut être un obstacle pour certains aînés, mais en même temps, ils sont soucieux d’apprendre. Il s’agit d’avoir les ressources et le temps nécessaires pour faire cette formation et leur offrir ce dépannage.

Nous travaillons aussi avec des personnes de l’Université de Colombie-Britannique appelées les « Cool Hood Champs », qui incitent les gens à prendre le contrôle de leur environnement immédiat. C’est un programme de formation où des chercheurs issus de la foresterie urbaine viennent vous enseigner où se trouvent les points de rafraîchissement au sein et autour de votre communauté. Il y a ce test de l’écureuil. C’est intéressant. L’idée, c’est que si vous voyez un écureuil sauter d’arbre en arbre, alors vous avez assez d’arbres. Mais si vous ne voyez aucun écureuil capable de sauter d’un arbre à un autre, alors vous avez probablement besoin de plus d’arbres.

Le projet COALESCE est une étude pilote à laquelle participe environ 20 aînés. Pour la prochaine phase, nous allons vraiment élargir ce travail avec les industries pour déployer davantage de capteurs à travers la Colombie-Britannique et peut-être dans d’autres provinces, ce qui serait vraiment génial, car cela signifierait une abondance de mégadonnées (big data) que les organisations de logement peuvent utiliser pour construire des bâtiments de meilleure qualité. En Colombie-Britannique, il y a beaucoup de réaménagements partout, et on cherche aussi des possibilités de rénovation, car parfois, il n’est pas nécessaire de démolir des bâtiments.

Collaborer avec des aînés a apporté beaucoup plus d’humilité dans ma façon de travailler. J’ai appris à quel point ils s’intéressent à différents sujets et qu’ils peuvent ne pas avoir de soucis. Les choses ne les dérangent pas autant, et ils sont très drôles et rient constamment des absurdités de la vie. J’ai commencé en santé publique, et beaucoup d’accent était mis sur le développement de la petite enfance. Je n’avais même pas réalisé qu’on avait un service de gérontologie. Mais maintenant, je ne changerais rien. Je continuerais à travailler avec les aînés, car c’est tellement amusant et gratifiant. Peut-être est-ce une question de survie personnelle, d’une certaine manière? Il faut vraiment changer les choses parce qu’à un certain moment, nous aurons finalement besoin de ces services et programmes. Mais il faut demeurer en bonne santé. Nous parlons toujours de promouvoir la santé, comme rester physiquement actif et boire beaucoup d’eau. Mais quand on est plus âgé, c’est comme : « Oh, j’ai vraiment besoin de rester physiquement actif. » Si vous arrêtez d’utiliser votre corps, il ne fonctionnera plus aussi bien plus tard. Il faut donc se préparer avec ce genre d’état d’esprit. Mais je pense aussi à des problèmes urgents, comme d’avoir des environnements offrant du soutien en vieillissant. Comment s’assurer que les gens peuvent bien vieillir jusqu’à la fin de leur vie? Nous avons besoin de plus de personnes ayant des compétences différentes pour essayer de résoudre des problèmes. C’est ce que nous faisons constamment. Je ne pense pas qu’un problème ne sera jamais complètement résolu. Nous devons aussi créer des occasions pour la prochaine génération, donc nous concentrer sur le fait de donner au suivant. La partie mentorat est essentielle, et je pense que dans chaque projet de recherche pour lequel je demande de l’argent, j’essaie de voir où se trouvent les occasions d’emploi pour les gens. Si nous pouvons créer plus d’emplois grâce aux subventions que nous obtenons, où il y a de réelles formations et du développement, il y aura plus de moyens à notre disposition pour aider les gens à bien vieillir et à faire progresser cette recherche.