Une conversation avec Victor Dorian

Le résumé ci-dessous s’appuie sur les réflexions partagées lors d’une conversation avec Victor Dorian. Son expertise a été cruciale dans l’élaboration de l’article vieillir dans un climat en mutation disponible sur l’Atlas climatique.

Victor Dorian, Bénévole, Les aînés pour l’action climatique urgente (AACU), Edmonton

Je m’implique dans l’action climatique depuis 2011, en écrivant des lettres à des politiciens et à des journaux, ainsi qu’en échangeant avec des personnes qui partagent les mêmes idées, y compris certains climatologues. Je suis engagé au sein du Lobby climatique des citoyens depuis cinq ans et je suis devenu très actif avec Les aînés pour l’action climatique maintenant, division d’Edmonton, depuis sa création en 2024. Nous avons organisé de nombreux activités et événements incroyables, grâce au travail d’un petit groupe de personnes engagées, des aînés qui souhaitent laisser un monde meilleur à nos jeunes générations. Néanmoins, nous aimerions que davantage de membres et de bénévoles se joignent à nous, en particulier des aînés, qui bénéficient d’une vaste expérience de vie et de beaucoup de temps libre. Plusieurs d’entre nous sont parents et grands-parents, et nous pensons aux jeunes générations.

Mon point de vue est basé sur une période de 20 ans, période durant laquelle le climat s’est considérablement détérioré, mais je connais des gens qui sont impliqués dans la défense du climat depuis plus longtemps. Notre connaissance de la science du réchauffement climatique remonte à la fin du XIXe siècle. J’ai lu de nombreux livres sur les changements climatiques et je suis une variété de médias, comme le Globe and Mail et le Narwhal, qui font partie de mes préférés. Malheureusement, beaucoup de désinformation circule, promue par des groupes d’experts de droite, des médias conservateurs, ainsi que certains politiciens. Une grande partie des réseaux sociaux contient également des informations très biaisées et souvent ouvertement fausses.

J’ai suivi les violents incendies de Fort McMurray, de Slave Lake et de Jasper, ainsi que les inondations de Calgary, qui sont quelques exemples des effets locaux des changements climatiques (et plus récemment, après l’entrevue, les pluies torrentielles d’Edmonton et les graves incendies de forêt partout au Canada). J’ai remarqué que les hivers en Alberta se sont beaucoup réchauffés, avec généralement moins de neige et plus de sécheresse. Les changements climatiques multiplient les menaces et ont un impact négatif sur de nombreux facteurs, allant du coût de la nourriture et de l’assurance aux effets néfastes sur notre santé, en passant par la perte de biodiversité, l’acidification des océans et les événements météorologiques extrêmes. Et je dois insister sur le fait que la cause principale de ce réchauffement dommageable est la production et la combustion des combustibles fossiles.

La plupart des gens impliqués dans l’action climatique que je rencontre sont issus des générations plus jeunes ou de ma génération, les personnes d’âge moyen étant généralement très occupées à mettre de la nourriture sur la table, à élever des enfants et à établir une carrière, ce qui leur laisse moins de temps pour l’engagement communautaire. La jeune génération a plus à perdre, mais elle a aussi l’enthousiasme et l’énergie pour se motiver, tandis que les personnes âgées ont du temps et la perspective. Je pense donc qu’il est souhaitable que ces deux générations travaillent ensemble sur l’action climatique. Les aînés ont des enfants et des petits-enfants à qui parler. Ils ont des liens avec deux autres générations, ainsi qu’avec des voisins et les nombreuses communautés qu’ils ont construites au fil des années. Alors, laissons-les utiliser ces liens pour parler des changements climatiques et de la lutte contre ces derniers sans crainte. Certaines personnes âgées sont encore négationnistes en matière de changements climatiques, mais la plupart sont soit simplement anxieux face à ceux-ci, soit ils ne savent pas comment en parler ni quoi faire. Rejoindre un groupe comme AACU aide beaucoup à relever ces défis.

Chaque petit geste que nous faisons fait une différence. Cela peut sembler insignifiant, mais tout cela s’additionne. Parfois, je me sens coupable quand je prends l’avion une ou deux fois par an, parce que voler est l’une des pires choses à faire en matière de réchauffement climatique. Je mange encore de la viande, mais ma consommation a diminué. J’ai des panneaux solaires et je conduis une voiture électrique. Je marche quand c’est possible. Et je fais attention à ne pas blâmer les gens parce que j’en ai rencontré qui essaient de vous faire culpabiliser en disant : « Eh bien, je suis végane. Je ne mange ni fromage ni viande. Je ne conduis pas. » Ce n’est pas forcément réaliste, et tout le monde ne peut pas se permettre d’acheter des panneaux solaires, une pompe à chaleur ou une voiture électrique. Avec la vaste étendue du Canada, se déplacer en transport en commun est souvent impossible, et nous avons besoin de voitures. Nous devrons peut-être aussi prendre l’avion pour aller à l’autre bout du pays afin de rendre visite à nos proches. En prenant conscience de tout cela, nous pouvons encore agir et apporter de petits changements. En parler est un bon début. Nous pouvons pousser nos politiciens à adopter des politiques respectueuses du climat. Nous pouvons écrire des lettres aux décideurs et aux médias. Bien que les actions individuelles s’accumulent, les actions systémiques et politiques sont encore plus importantes, et la collaboration à travers des groupes de justice sociale et environnementale est essentielle.

Les changements climatiques ont malheureusement été beaucoup politisés, notamment par des politiciens de droite. À l’époque de Mulroney, de Bush et de Reagan, les changements climatiques n’étaient pas tabous chez les conservateurs parce qu’ils sont censés conserver, protéger. Au fil des années, les politiciens conservateurs ont commencé à s’y s’opposer, ce qui est regrettable, car l’environnement ne se soucie pas de vos opinions politiques. Le fait que les gens travaillent de plus en plus ensemble est très encourageant. Il existe de petits groupes comme AACU, For Our Kids, Indigenous Climate Action, Alberta Environmental Network (AEN), de même que l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (CAPE) et plusieurs autres.

La population commence à parler davantage des changements climatiques. Je pense que nous partageons tous notre volonté d’accroître la sensibilisation, mais comment susciter l’engagement? Les personnes qui viennent à nos événements pensent déjà que c’est un problème sur lequel nous devons travailler. Nous devons atteindre ceux qui sont désengagés. Les efforts d’individus et d’organisations comme le Prairie Climate Centre, l’AACU et plusieurs autres me donnent de l’espoir.