Changements climatiques et hausse des maladies infectieuses

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Quand l’été arrive, de nombreux Canadiens doivent composer avec les insectes nuisibles, que ce soit avec les moustiques dans les cours arrière ou les tiques lors des randonnées en forêt. Dans un monde en réchauffement, ces insectes représentent plus qu’une simple nuisance. Les maladies infectieuses d’origine climatique qu’ils transmettent tendent à augmenter dans certaines régions du Canada, une tendance appelée à se poursuivre avec les changements climatiques.

Les insectes ne sont toutefois pas la seule source d’inquiétude. Les maladies infectieuses peuvent aussi être transmises par l’eau et les aliments et elles risquent aussi d’être touchées par les changements climatiques. Les variations de la température et des précipitations, ainsi que les événements météorologiques extrêmes comme les inondations ou les sécheresses, peuvent avoir un impact considérable sur l’étendue et la propagation des maladies infectieuses.

Les interactions entre climat et maladies infectieuses sont complexes, mais la recherche fait des progrès constants. Les chercheurs dans le domaine de la santé ont déjà identifié certaines maladies transmises par les aliments, l’eau et d’autres vecteurs pourraient devenir une préoccupation majeure pour la santé des Canadiens dans le futur. Cette étude nous aide à prendre conscience de l’évolution des maladies infectieuses et de mieux protéger la santé de la population.

Comment les changements climatiques influencent les maladies infectieuses

Les maladies infectieuses sont causées par de minuscules organismes tels que des virus, des bactéries, des champignons ou des parasites. [1] Si certains de ces organismes sont inoffensifs, voire bénéfiques, pour l’être humain, d’autres, appelés agents pathogènes, provoquent des maladies. Plus de la moitié des maladies humaines causées par des agents pathogènes se seraient aggravées en raison des changements climatiques [2] Le climat changeant élargit les zones où les vecteurs et les agents pathogènes peuvent prospérer.

Nous pouvons être exposés à des agents pathogènes nocifs dans des actions quotidiennes, telles que :

  • Respirer de l’air contaminé;
  • Toucher des surfaces contaminées;
  • Consommer de l’eau ou des aliments infectés;
  • Être en contact étroit avec des personnes ou des animaux malades.

Les risques sont réels : les maladies infectieuses dans un climat en mutation

La santé de chaque forme de vie sur Terre, des minuscules microbes à la vaste forêt boréale, est perturbée par les changements climatiques. Certains impacts des changements climatiques sont bien visibles, comme l’augmentation de la fréquence et de la gravité des feux de forêt, dont la fumée nuit à notre santé. Cependant, il existe d’autres choses invisibles à l’œil nu qui peuvent nous rendre malades.

Les changements climatiques entraînent une hausse des températures. À mesure que les régions se réchauffent, elles deviennent de plus en plus propices à des organismes qui ne pouvaient pas y vivre auparavant. Cela modifie les lieux et la fréquence des contacts entre les humains et ces organismes, ce qui peut accroître le risque d’infection. De plus, les températures plus élevées accélèrent la reproduction des vecteurs et des agents pathogènes. Par exemple, les moustiques se reproduisent et se développent plus rapidement dans des conditions plus chaudes, ce qui leur permet de propager les maladies plus rapidement. [3]

Les événements météorologiques extrêmes, comme les inondations, modifient encore plus la distribution des vecteurs en créant des conditions idéales pour leur reproduction. L’eau stagnante, résultant de précipitations accrues, peut favoriser la prolifération des moustiques, entraînant une augmentation des contacts entre les humains et le vecteur porteur de maladies. En somme, ces changements environnementaux causés par les changements climatiques accroissent le risque de maladie, en augmentant à la fois le nombre d’agents pathogènes et les risques d’exposition.

Catégories de maladies infectieuses

Les maladies infectieuses sont catégorisées selon leur mode de transmission. Voici les principaux types de maladies infectieuses et quelques-unes des façons dont les changements climatiques les affectent au Canada.

Maladies zoonotiques et à transmission vectorielle :

Les maladies zoonotiques et les maladies à transmission vectorielle sont causées par des agents pathogènes transmis directement par des animaux ou des insectes lorsqu’ils entrent en contact avec des humains.

Certaines maladies ont besoin d’un vecteur pour passer de l’animal infecté à l’humain. Habituellement, cela se produit par la piqûre d’un insecte comme un moustique ou une tique. [4]

Ces maladies peuvent être transmises par :

  • Un contact direct avec un animal ou sa proximité;
  • Des transferts aéroportés, hydriques ou alimentaires;
  • Des vecteurs.

Les changements climatiques ont un impact sur les maladies zoonotiques et les maladies à transmission vectorielle en affectant les populations d’animaux et d’insectes, et en modifiant la fréquence des contacts avec les humains.

Par exemple, des hivers plus doux et des étés plus longs et chauds peuvent accroître les taux de survie, de croissance et de reproduction de vecteurs comme les tiques, tout en créant de nouvelles zones propices à leur développement. Découvrez comment les changements climatiques affectent les tiques à pattes noires et la maladie de Lyme dans l'article sur les changements climatiques et la maladie de Lyme [5]

De plus, avec le réchauffement du climat, de nouvelles espèces d’insectes porteurs de maladies pourraient apparaître au Canada. Par exemple, le moustique Aedes Aegypti, qui peut transmettre la dengue, le chikungunya, le Zika et la fièvre jaune, étend déjà son aire de répartition vers le nord à partir des États-Unis. On craint que ce moustique et les maladies qu’il transporte puissent arriver au Canada [6] Apprenez-en davantage sur ce sujet dans l’article Les changements climatiques et les maladies transmises par les moustiques. article.

Maladies d’origine alimentaire :

Les maladies d’origine alimentaire surviennent lorsque la nourriture que nous consommons est contaminée par des agents pathogènes nuisibles. Cela peut se produire en consommant des produits animaux crus, des fruits et légumes contaminés ou des aliments lavés avec de l’eau contaminée. [7] Un climat qui se réchauffe peut permettre aux agents pathogènes de survivre plus longtemps et dans de nouveaux endroits, augmentant ainsi le risque de contamination par des bactéries nuisibles comme la salmonelle, la listeria, E. coli ou le campylobacter. [8][9]

Des facteurs comme les précipitations et la température de l’air et de l’eau influencent la croissance, l’abondance et la survie des agents pathogènes, qui peuvent se retrouver dans les cultures, l’environnement, le bétail et, en fin de compte, dans nos assiettes. La façon dont nous manipulons et cuisinons nos aliments joue aussi un rôle dans la propagation de ces maladies.

Certains aliments, comme la viande insuffisamment cuite, les fruits de mer et les légumes crus, sont plus susceptibles de causer des maladies d’origine alimentaire. Des recherches indiquent d’ailleurs que les rappels de légumes-feuilles et de fruits de mer sont en hausse. [8]

Par exemple, les légumes-feuilles comme la laitue peuvent être touchés par des changements dans les précipitations, qui augmentent les cas de contamination, ainsi que par des événements météorologiques extrêmes qui favorisent la propagation de contaminants. Les variations de température peuvent également accroître les taux de survie des agents pathogènes. [9] En comprenant mieux nos sources d’exposition aux agents pathogènes et en adoptant de meilleures pratiques de manipulation alimentaire, nous pouvons réduire le risque de maladie.

Maladies d’origine hydrique :

Parfois, des agents pathogènes peuvent s’infiltrer dans notre eau. Quand nous tombons malades après avoir consommé de l’eau contaminée, nous appelons cela une maladie d’origine hydrique. Les changements climatiques augmentent le risque de contracter des maladies d’origine hydrique en perturbant les systèmes naturels de distribution d’eau. Par exemple, les lacs canadiens se réchauffent en raison d’étés plus longs et plus chauds. L’eau plus chaude favorise la croissance d’algues nuisibles (prolifération d’algues), surtout dans des régions comme les Grands Lacs et les Prairies, qui peuvent produire des toxines dangereuses pour les humains et les animaux. [10] Ces risques sont amplifiés dans les communautés plus petites ou rurales, où les systèmes de traitement de l’eau tendent à être moins puissants.

Des précipitations fortes plus fréquentes peuvent surcharger les infrastructures d’eaux pluviales et usées, entraînant l’introduction d’eaux non traitées ou partiellement traitées dans les rivières, les lacs et d’autres sources d’eau douce. Cela augmente le risque de contamination par des agents pathogènes comme E. coli, Giardia et Cryptosporidium, qui peuvent à leur tour causer des maladies gastro-intestinales. [11] À mesure que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents, le risque d’éclosions de maladies d’origine hydrique au Canada augmente.

Notre risque de contracter des maladies d’origine hydrique est lié à la nourriture que nous consommons, à l’eau que nous buvons et à la façon dont nous interagissons avec l’eau. Pour plus de détails, consultez l'article sur les maladies hydriques et changements climatiques.

LISEZ ÉGALEMENT : L’environnement et la santé humaine et animale sont étroitement liés

Le concept d’Une seule santé (One Health) explique que la santé humaine, animale et environnementale est étroitement liée. Les maladies peuvent se transmettre entre les humains et les animaux, surtout au fur et à mesure que les populations humaines augmentent et s’installent dans de nouvelles zones. Lorsque les forêts sont défrichées, que les terres sont utilisées pour l’agriculture ou que les habitats naturels sont perturbés, les animaux et les humains entrent davantage en contact, ce qui augmente le risque de voir apparaître de nouvelles maladies. Les changements climatiques amplifient ce risque en modifiant l’endroit où vivent les animaux et les insectes, en augmentant les phénomènes météorologiques extrêmes et en perturbant les écosystèmes naturels. [12]

La santé publique vise à protéger et à améliorer la santé des personnes et des communautés. Elle comprend la prévention des maladies, la promotion d’un mode de vie sain, l’accès à une eau potable et à un air de qualité, et la réponse aux urgences sanitaires. [14] Les changements climatiques exercent une pression croissante sur la santé publique en augmentant les maladies liées à la chaleur, en détériorant la qualité de l’air, en menaçant les réserves en eau et en nourriture et en facilitant la propagation de certaines maladies.

Planetary health adopte une vision globale. Cet organisme reconnaît que la santé humaine dépend de celle de la planète et « se concentre sur les façons dont les perturbations causées par l’humain dans le système terrestre affectent la santé humaine ». Des enjeux comme les changements climatiques, la pollution et la perte de biodiversité fragilisent les systèmes naturels dont nous dépendons pour nous nourrir, boire et respirer de l’air pur. [15]

Ensemble, ces concepts véhiculent un même message : prendre soin de notre environnement est essentiel pour protéger notre santé, aujourd’hui comme dans le futur.

Stratégies pour réduire le risque d’infections

Nous pouvons réduire notre exposition aux risques en modifiant nos comportements. Accroître la sensibilisation constitue la première étape. En étant plus attentifs aux agents pathogènes présents dans notre environnement, aux façons dont nous entrons en contact avec eux et en ajustant nos comportements en conséquence, nous pouvons diminuer les risques.

Sécurité extérieure :

  • Lorsque vous planifiez des activités de plein air, comme aller à la plage, soyez à l’affût des avis de baignade affichés et adaptez vos plans en conséquence afin de limiter votre exposition aux risques environnementaux locaux.
  • Protégez-vous des piqûres d’insectes en portant des manches longues et en rentrant le bas de vos pantalons dans vos chaussettes. Utilisez un répulsif contre les insectes et vérifiez s’il y a des tiques après vos activités extérieures. [16][17] Si vous remarquez des signes de piqûre d’insecte infectée, comme une éruption cutanée en forme de cible, consultez un médecin.
  • Après une baignade dans un plan d’eau extérieur, lavez-vous avec du savon et de l’eau propre pour éliminer tout agent pathogène potentiel. [18]

Santé et hygiène personnelle :

  • Lavez-vous les mains régulièrement, surtout après des activités extérieures ou un contact avec des animaux de ferme, de compagnie ou sauvages. Cela aide à réduire l’exposition et à prévenir la propagation des agents pathogènes. [19]
  • Adoptez un mode de vie sain en restant actif, en mangeant des aliments nutritifs, en restant hydraté, en vous reposant suffisamment et en gérant votre stress. Cela permet de conserver un système immunitaire fort, ce qui aide à vous protéger contre les infections. [20]

Salubrité alimentaire :

  • Appliquez des pratiques sécuritaires de manipulation et d’entreposage des aliments. Assurez-vous que les produits d’origine animale sont cuits à la température recommandée. Lavez-vous bien les mains avant et après avoir manipulé de la viande crue ou non cuite, des fruits de mer ou des œufs.[21]

À la maison et en voyage :

  • Augmentez la ventilation dans les espaces intérieurs lorsque possible [22]. Dans les lieux achalandés, envisagez de porter un masque et de prendre d’autres précautions si le risque de contracter une maladie respiratoire est élevé.
  • Avant de voyager, renseignez-vous sur les risques pour la santé à destination, au Canada comme à l’étranger, et suivez les avis aux voyageurs ainsi que les recommandations sanitaires.

Nous pouvons agir ensemble pour mieux comprendre les risques et adapter nos comportements. En réduisant notre contribution aux changements climatiques, en comprenant les interactions entre les changements climatiques et les maladies infectieuses et en prenant des mesures pour prévenir leur propagation, nous contribuons à créer un environnement plus sain pour nous-mêmes et nos communautés.

References:

  1. Mayo Clinic. Infectious diseases - Symptoms & causes. https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/infectious-diseases/symptoms-causes/syc-20351173
  2. Mora, C., McKenzie, T., Gaw, I.M. et al. Over half of known human pathogenic diseases can be aggravated by climate change. Nat. Clim. Chang. 12, 869–875 (2022). https://doi.org/10.1038/s41558-022-01426-1
  3. Vector Disease Control International (VDCI). Could Climate Change be Causing More Mosquitos? https://www.vdci.net/blog/could-climate-change-be-causing-more-mosquitoes/
  4. BCCDC. Zoonotic Diseases. https://www.bccdc.ca/health-info/disease-types/zoonotic-diseases
  5. Government of Canada. Current and future burden from Lyme disease in Québec as a result of climate change. https://www.canada.ca/en/public-health/services/reports-publications/canada-communicable-disease-report-ccdr/monthly-issue/2023-49/issue-10-october-2023/current-future-burden-lyme-disease-quebec-result-climate-change.html
  6. Khan, Ogden, Fazil, Gachon, Dueymes, Greer, and Ng. 2020. Current and Projected Distributions of Aedes Aegypti and Ae. Albopictus in Canada and the U.S. Environmental Health Perspectives 128. https://doi.org/10.1289/EHP5899
  7. Government of Canada. Increased risk of microbial foodborne diseases with climate change. https://www.canada.ca/en/public-health/services/reports-publications/canada-communicable-disease-report-ccdr/monthly-issue/2019-45/issue-4-april-4-2019/article-5-microbial-foodborne-diseases-climate-change.html
  8. Awad, D.A., Masoud, H.A. & Hamad, A. Climate changes and food-borne pathogens: the impact on human health and mitigation strategy. Climatic Change 177, 92 (2024). https://doi.org/10.1007/s10584-024-03748-9
  9. Herod, A., Goodridge, L., & Rohde, J. (2019). Recalls of foods due to microbial contamination classified by the Canadian Food Inspection Agency, 2000 to 2017. Journal of Food Protection, 82(11), 1901–1908. https://doi.org/10.4315/0362-028X.JFP-19-235
  10. Harper, S. L., Schnitter, R., Fazil, A., Fleury, M., Ford, J., King, N., Lesnikowski, A., McGregor, D., Paterson, J., Smith, B., & Neufeld, H. T. (2021). Food Safety and Security. In P. Berry & R. Schnitter (Eds.), Health of Canadians in a Changing Climate: Advancing our Knowledge for Action. Ottawa, ON: Government of Canada.
  11. Levy K, Woster AP, Goldstein RS,Carlton EJ. Untangling the Impacts of Climate Change on Waterborne Diseases: a Systematic Review of Relationships between Diarrheal Diseases and Temperature, Rainfall, Flooding, and Drought. Environmental science & technology. 2016:50:4905–22. Doi: 10.1021/acs.est.5b06186
  12. HealthLinkBC. Cyanobacteria blooms (blue-green algae). https://www.healthlinkbc.ca/healthlinkbc-files/cyanobacteria-blooms-blue-green-algae
  13. Mackenzie JS, Jeggo M. The One Health Approach-Why Is It So Important? Trop Med Infect Dis. 2019 May 31;4(2):88. doi: 10.3390/tropicalmed4020088. PMID: 31159338; PMCID: PMC6630404.
  14. University of Alaska Fairbanks. Center for One Health Research. https://www.uaf.edu/onehealth/
  15. Planetary Health Alliance. What is Public Health? https://planetaryhealthalliance.org/what-is-planetary-health/
  16. Government of Canada. Enjoy the outdoors, without a tick. https://www.canada.ca/en/public-health/services/publications/diseases-conditions/lyme-pamphlet.html
  17. Government of Canada. Mosquitos. https://www.canada.ca/en/health-canada/services/pest-control-tips/mosquitoes.html
  18. Government of Canada. Guidelines for Canadian recreational water quality: Summary document. https://www.canada.ca/en/health-canada/services/publications/healthy-living/guidelines-canadian-recreational-water-quality-summary-document.html
  19. CBC News. Why climate change might make you think twice about eating raw oysters this summer. https://www.cbc.ca/news/health/raw-oysters-vibrio-1.6862183
  20. Government of Canada. Creating a Healthier Canada: Making Prevention a Priority. https://www.canada.ca/en/public-health/services/health-promotion/healthy-living/creating-a-healthier-canada-making-prevention-a-priority.html
  21. Government of Canada. Food Safety Handling Tips. https://www.canada.ca/en/health-canada/services/food-nutrition/food-safety/safe-food-handling-tips.html
  22. Government of Canada. Respiratory infectious diseases: Reduce your risk. https://www.canada.ca/en/public-health/services/diseases/respiratory-infectious-diseases-reduce-spread-personal-protective-measures.html